Angers vue par les écrivains (1/3)
                                          

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le boulevard Foch à la fin du XIXème siècle

Je vous propose aujourd'hui la première partie d'une série consacrée au regard des grands écrivains sur Angers. Il y a ceux qui l'ont aimée et ceux qui n'en gardent pas un bon souvenir. En tout cas, notre ville ne les a pas laissé indifférents...

Stendhal: "Mémoires d'un touriste", 1837
"... C'est à Avranches ou à Granville que je fixerais mon séjour , si jamais j'étais condamné à vivre en province dans les environs de Paris. A la première vue de la question, l'on serait tenté d'aller s'établir au midi, vers Tours ou Angers, pour éviter la rigueur des hivers; mais la différence du degré de civilisation est de plus de conséquence que la différence de deux degrés de latitude. Il y a cent fois plus de petitesse provinciale et de curiosité tracassière sur ce que fait le voisin à Tours ou à Angers, qu'à Granville ou à Avranches. Il faut toujours en revenir à cet axiome: le voisinage de la mer détruit le petitesse."

Victor Hugo: "Voyages, France et Belgique", lettre à Adèle Hugo, 16 août 1834
"Je suis venu de Nantes à Angers par le bateau à vapeur. Les fameux bords de Loire sont plats et nuls, à cela près d'Oudon, d'Ancenis, de Saint-Florent et de quelques rochers çà et là. L'abord d'Angers est charmant, mais il apprtient à la Mayenne. Le bateau à vapeur est sale, puant et incommode. Entre autres incommodités, j'y ai rencontré Mme de Féraudy, tu sais? l'ancienne Mme de Féraudy, et il m'a fallu faire l'aimable. C'était diabolique. Pour comble, arrivé à Angers, comme j'allais voir la cathédrale, beau portail et beaux vitraux, elle s'est pendue à mon bras et force m'a été de lui servir de cornac. [...] Je n'ai fait qu'entrevoir Angers dans le crépuscule. Les vitraux et le portail de la cathédrale sont merveilleux, le vieux château est très beau, toute la ville est pittoresque. Je trouve que notre bon Pavie ne l'admire pas assez."

Michelet: Tableau de la France", 1833
"La noire ville d'Angers porte, non seulement dans son vaste château et dans sa tour du Diable, mais sur sa cathédrale même, ce caractère féodal. Cette église de Saint-Maurice est chargée, non de saints, mais de chevaliers armés de pieds en cap; toutefois ses flèches boiteuses, l'une sculptée, l'autre nue, expriment suffisamment la destinée incomplète de l'Anjou. Malgré sa belle position sur le triple fleuve de la Maine, et si près de la Loire, où l'on distingue à la couleur les eaux des quatre provinces, Angers dort aujourd'hui. C'est bien assez d'avoir quelque temps réuni sous ses Palntagenêts, l'Angleterre, la Normandie, la Bretagne et l'Aquitaine; d'avoir plus tard, sous le bon Roi René et son fils, possédé, disputé, revendiqué du moins les trônes de Naples, d'Aragon, de Jérusalem et de Provence, pendant que sa fille Marguerite soutenait la Rose Blanche et Lancastre contre York."

A suivre: Henry James, Julien Gracq et Louis Guilloux.