Angers vue par les écrivains (2/3)

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Suite de la série consacrée au regard des écrivains sur Angers avec, cette semaine, ceux qui ne l'ont pas aimée.

Henry James: "A little Tour in France", 1877
"Angers appartient à cette désagréable catégorie des vieilles villes qui ont été, comme on dit, "retapées". Ce n'est pas l'ancienneté du lieu, c'est sa nouveauté qui frappe le touriste nostalgique aujourd'hui, tandis qu'il flâne avec irritation sur des boulevards de deuxième catégorie, cherchant vaguement autour de lui quelque pignon inexistant. "Angers la Noire", en bref, est une victime des améliorations modernes, indigne de son admirable nom - nom qui, comme celui du Mans, a toujours été, à mes yeux, hautement chargé de pittoresque (...) Angers occupe une place importante dans l'histoire primitive anglaise; elle était la capitale de la lignée des Plantagenêts...
Les faits engendrent une présomption naturelle sur l'aspect historique d'Angers, je les repassais dans ma tête dans le train qui m'amenait au Mans... Entre la gare et l'hôtel cependant, il devint évident que je n'aurais pas de prétexte pour passer la nuit au Cheval-Blanc. (...) Il est juste de dire que le château vaut en lui-même le pélerinage. Le seul inconvénient est qu'on en a fait le tour en un quart d'heure. On ne peut rien faire que de le regarder, et un bon coup d'oeil fait l'affaire. Il n'a ni beauté ni grâce ni détails, rien qui charme ou qui retienne. Il est simplement très vieux et très gros - si vieux et si gros que cette seule impression suffit, et il s'installe dans vos souvenirs comme un parfait spécimen de forteresse d'autrefois."

Louis Guilloux: "Le Sang noir", 1935
"Et par une sorte de perfection inverse, n'était-ce pas dans la ville de France - et peut-être du monde - la plus plate, que cette aventure avait pris naissance et s'était déroulée ?
Ville sans mystère, sous le plus niais des ciels: Angers. Ville de musique et de fleurs avait-on mille fois répété avant qu'il y allât, et lui, l'imbécile,il s'était fait des rêves, pour trouver en fin de compte la musique militaire et les fleurs militaires réunies au Mail! Assurément, la France n'avait rien de mieux dans le genre sordide que ce lieu tant vanté. Si Bordeaux était la ville où il avait le plus de chapeau hauts de forme, Angers était celle où il avait rencontré le plus de pardessus à cols de fourrure. Nulle part il n'avait vu de bourgeois plus infatués, de bourgeoises plus rigidement mornes. Pas étonnant si la contre-révolution vivait là en permanence!"

Julien Gracq: "La Forme d'une ville", 1985
"Le génie d'Angers - s'il y a un génie du lieu - m'a toujours paru être celui du confinement: son site mesquin, choisi à l'écart du fleuve, sur un affluent de médiocre calibre. (...) Centre administratif peu surchargé, plus riche de notaires que d'entrepreneurs, appareil digestif discret de la rente foncière (...), la cité des bords de Maine s'est aménagée pour les commodités douilettes d'une fin de vie cossue bien plutôt que pour le stress à l'américaine. (...) La ville a changée depuis mon enfance. Elle s'est animée; elle a troquée sa nonchalence presque paysanne pour une agitation de commande.
J'aime pourtant monter, à droite des douves du château, jusqu'à l'impasse exigu qui se termine en à-pic au-dessus des jardins de la Maine, établis sur l'emplacement de l'ancienne et laide rangée de maisons du quai. Le château, démoulé de frais, comme d'un moule à sable d'enfant, est la plus belle masse de maçonnerie aveugle que je connaisse en France, avec la cathédrale d'Albi. Devant les témoignages d'étrangers qui les visitent toutes deux pour la première fois, et que Nantes rebute autant qu'Angers les séduit, j'ai parfois l'impression d'être sans équité dans cette ville. Mais le sentiment persiste, plus fort que tout, je n'ai rien à attendre d'elle."

A suivre: René Bazin et Chanoine Civrays