Angers vue par les écrivains (3/3)

La_Doutre
La Doutre: église de la Trinité et place de la laiterie

Troisième et dernière partie de la série d'articles "Angers vue par les écrivains", proposée tout au long de ces fêtes de fin d'année.

René Bazin: "La Sarcelle bleue", 1892
"...Le faubourg franchi, des bouts de haie commencèrent à rompre la ligne des murs, et la campagne apparut: culture de maraîchers et vastes pépinières, où la ville enfonçait encore, ça et là, le coin d'une bâtisse neuve. Presque partout , des deux côtés de la route, des forêts minuscules d'arbres verts, des taillis, drus comme les poils d'une brosse, de noisetiers, de hêtres, d'érables, des groupes de jeunes maronniers levant leur bouquet de feuilles, comme des palmiers d'oasis, au-dessus des files naines de poiriers ou de fusains, tout cela coupé en carré par des fossés sans herbes. (...)
Bientôt, le vieux mur d'ardoise crevassé, auquel la mousse servait de ciment, et que couronnaient des girofles défleuries, étendit son ombre sur la route. Vers le milieu, deux piliers de tuffeaux, surmontés de chapiteaux, encadraient un portail massif, hérissé de clous formant des arabesques et décoré d'un pied de sanglier. De toutes parts les branches débordaient en ourlets verts l'arête de la pierre. Mêle à ceux qui passaient, le domaine donnait l'impression fugitive de la paix..."

Chanoine Civrays: "Angers après la tourmente", 1944
"Avant la catastrophe, il y a cinq ans à peine, Angers était une de ces villes heureuses de province, où dans un décor ancien et charmant, la vie, bien qu'un peu plus nerveuse et secouée qu'autrefois, reste encore délectable et très douce. C'est des côteaux de Pruniers qu'il faisait bon la voir. Là, comme d'un promontoire, dans la belle lumière d'un après-midi d'automne, on l'apercevait, posée sur ses prairies, avec ses clochers et ses tours, et au centre la masse plus sombre de son château, fine et précise telle la miniature d'un vieux livre. Dans le lointain ses toits d'ardoise luisaient au soleil; un grand ciel d'un bleu léger infiniment doux où roulaient quelques gros nuages blancs s'étendait au-dessus d'elle.
Sa vue faisait songer non seulement au Plantagenêts qui furent ses premiers princes mais au Roi René et aux Valois. Elle apparaissait vraiment la capitale de ce beau jardin français qu'est l'Anjou. Cette gaieté du jour, ce silence, cette paix sur le clair paysage, cette image de délicate beauté attendrissaient le coeur comme une peinture de Jean Foucquet ou comme un sonnet de notre Du Bellay. Et à qui l'abordait de plus près, c'était même impression de mesure, d'harmonie et de calme bonheur."