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23/12/06

Série documentaire

Angers vue par les écrivains (2/3)

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Suite de la série consacrée au regard des écrivains sur Angers avec, cette semaine, ceux qui ne l'ont pas aimée.

Henry James: "A little Tour in France", 1877
"Angers appartient à cette désagréable catégorie des vieilles villes qui ont été, comme on dit, "retapées". Ce n'est pas l'ancienneté du lieu, c'est sa nouveauté qui frappe le touriste nostalgique aujourd'hui, tandis qu'il flâne avec irritation sur des boulevards de deuxième catégorie, cherchant vaguement autour de lui quelque pignon inexistant. "Angers la Noire", en bref, est une victime des améliorations modernes, indigne de son admirable nom - nom qui, comme celui du Mans, a toujours été, à mes yeux, hautement chargé de pittoresque (...) Angers occupe une place importante dans l'histoire primitive anglaise; elle était la capitale de la lignée des Plantagenêts...
Les faits engendrent une présomption naturelle sur l'aspect historique d'Angers, je les repassais dans ma tête dans le train qui m'amenait au Mans... Entre la gare et l'hôtel cependant, il devint évident que je n'aurais pas de prétexte pour passer la nuit au Cheval-Blanc. (...) Il est juste de dire que le château vaut en lui-même le pélerinage. Le seul inconvénient est qu'on en a fait le tour en un quart d'heure. On ne peut rien faire que de le regarder, et un bon coup d'oeil fait l'affaire. Il n'a ni beauté ni grâce ni détails, rien qui charme ou qui retienne. Il est simplement très vieux et très gros - si vieux et si gros que cette seule impression suffit, et il s'installe dans vos souvenirs comme un parfait spécimen de forteresse d'autrefois."

Louis Guilloux: "Le Sang noir", 1935
"Et par une sorte de perfection inverse, n'était-ce pas dans la ville de France - et peut-être du monde - la plus plate, que cette aventure avait pris naissance et s'était déroulée ?
Ville sans mystère, sous le plus niais des ciels: Angers. Ville de musique et de fleurs avait-on mille fois répété avant qu'il y allât, et lui, l'imbécile,il s'était fait des rêves, pour trouver en fin de compte la musique militaire et les fleurs militaires réunies au Mail! Assurément, la France n'avait rien de mieux dans le genre sordide que ce lieu tant vanté. Si Bordeaux était la ville où il avait le plus de chapeau hauts de forme, Angers était celle où il avait rencontré le plus de pardessus à cols de fourrure. Nulle part il n'avait vu de bourgeois plus infatués, de bourgeoises plus rigidement mornes. Pas étonnant si la contre-révolution vivait là en permanence!"

Julien Gracq: "La Forme d'une ville", 1985
"Le génie d'Angers - s'il y a un génie du lieu - m'a toujours paru être celui du confinement: son site mesquin, choisi à l'écart du fleuve, sur un affluent de médiocre calibre. (...) Centre administratif peu surchargé, plus riche de notaires que d'entrepreneurs, appareil digestif discret de la rente foncière (...), la cité des bords de Maine s'est aménagée pour les commodités douilettes d'une fin de vie cossue bien plutôt que pour le stress à l'américaine. (...) La ville a changée depuis mon enfance. Elle s'est animée; elle a troquée sa nonchalence presque paysanne pour une agitation de commande.
J'aime pourtant monter, à droite des douves du château, jusqu'à l'impasse exigu qui se termine en à-pic au-dessus des jardins de la Maine, établis sur l'emplacement de l'ancienne et laide rangée de maisons du quai. Le château, démoulé de frais, comme d'un moule à sable d'enfant, est la plus belle masse de maçonnerie aveugle que je connaisse en France, avec la cathédrale d'Albi. Devant les témoignages d'étrangers qui les visitent toutes deux pour la première fois, et que Nantes rebute autant qu'Angers les séduit, j'ai parfois l'impression d'être sans équité dans cette ville. Mais le sentiment persiste, plus fort que tout, je n'ai rien à attendre d'elle."

A suivre: René Bazin et Chanoine Civrays

Posté par Mathieu Doucet à 19:32 - Chroniques historiques - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17/12/06

Série documentaire

Angers vue par les écrivains (1/3)
                                          

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le boulevard Foch à la fin du XIXème siècle

Je vous propose aujourd'hui la première partie d'une série consacrée au regard des grands écrivains sur Angers. Il y a ceux qui l'ont aimée et ceux qui n'en gardent pas un bon souvenir. En tout cas, notre ville ne les a pas laissé indifférents...

Stendhal: "Mémoires d'un touriste", 1837
"... C'est à Avranches ou à Granville que je fixerais mon séjour , si jamais j'étais condamné à vivre en province dans les environs de Paris. A la première vue de la question, l'on serait tenté d'aller s'établir au midi, vers Tours ou Angers, pour éviter la rigueur des hivers; mais la différence du degré de civilisation est de plus de conséquence que la différence de deux degrés de latitude. Il y a cent fois plus de petitesse provinciale et de curiosité tracassière sur ce que fait le voisin à Tours ou à Angers, qu'à Granville ou à Avranches. Il faut toujours en revenir à cet axiome: le voisinage de la mer détruit le petitesse."

Victor Hugo: "Voyages, France et Belgique", lettre à Adèle Hugo, 16 août 1834
"Je suis venu de Nantes à Angers par le bateau à vapeur. Les fameux bords de Loire sont plats et nuls, à cela près d'Oudon, d'Ancenis, de Saint-Florent et de quelques rochers çà et là. L'abord d'Angers est charmant, mais il apprtient à la Mayenne. Le bateau à vapeur est sale, puant et incommode. Entre autres incommodités, j'y ai rencontré Mme de Féraudy, tu sais? l'ancienne Mme de Féraudy, et il m'a fallu faire l'aimable. C'était diabolique. Pour comble, arrivé à Angers, comme j'allais voir la cathédrale, beau portail et beaux vitraux, elle s'est pendue à mon bras et force m'a été de lui servir de cornac. [...] Je n'ai fait qu'entrevoir Angers dans le crépuscule. Les vitraux et le portail de la cathédrale sont merveilleux, le vieux château est très beau, toute la ville est pittoresque. Je trouve que notre bon Pavie ne l'admire pas assez."

Michelet: Tableau de la France", 1833
"La noire ville d'Angers porte, non seulement dans son vaste château et dans sa tour du Diable, mais sur sa cathédrale même, ce caractère féodal. Cette église de Saint-Maurice est chargée, non de saints, mais de chevaliers armés de pieds en cap; toutefois ses flèches boiteuses, l'une sculptée, l'autre nue, expriment suffisamment la destinée incomplète de l'Anjou. Malgré sa belle position sur le triple fleuve de la Maine, et si près de la Loire, où l'on distingue à la couleur les eaux des quatre provinces, Angers dort aujourd'hui. C'est bien assez d'avoir quelque temps réuni sous ses Palntagenêts, l'Angleterre, la Normandie, la Bretagne et l'Aquitaine; d'avoir plus tard, sous le bon Roi René et son fils, possédé, disputé, revendiqué du moins les trônes de Naples, d'Aragon, de Jérusalem et de Provence, pendant que sa fille Marguerite soutenait la Rose Blanche et Lancastre contre York."

A suivre: Henry James, Julien Gracq et Louis Guilloux.

Posté par Mathieu Doucet à 13:17 - Chroniques historiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22/04/06

Histoire

Il était une fois... le jardin du Mail

Le jardin du Mail situé en plein centre-ville, face à l'Hôtel de ville, est l'un des endroits les plus prisés des Angevins. Je vous invite à le découvrir ou à le redécouvrir à travers son histoire (ma spécialité !)

jardin_du_mail le kiosque à musique et au fond l'ancienne mairie

D'abord d'où tient-il son nom ? Au XVIIè siècle, le vocable "mail" désignait un jeu où l'on utilisait un maillet pour pousser une boule de bois de buis. Puis sa signification a évolué. On jouait à ce jeu surtout dans les villes de la vallée de la Loire. C'est en 1616 que les échevins décidèrent de créer un jeu de mail aux portes d'Angers afin de procurer un délassement "honeste" à leurs habitants. C'est un aménagement coûteux. Un riche marchand de soie se propose de prendre tous les frais à sa charge moyennant une concession de 15 ans. Le jeu est inauguré le 30 avril 1617 après 3 ans de travaux par le gouverneur d'Anjou.
Mais l'enthousiasme qu'il suscite est de courte durée. Dès les années 1630, les joueurs se font rares. Le Mail devient alors une promenade. Ses abords sont élargis. En 1704, le Grand Mail est entièrment replanté et sonentrée ornée d'arcs monumentaux. A partir de 1829 est crée le Champ-de-Mars.
Dès 1823, le Mail acquiert encore plus d'importance puisqu'il sert de perspective naturelle au nouvel hôtel de ville installé dans l'ancien collège d'Anjou (voir photo ci-dessus en arrière-plan). En 1855, la ville fait l'acquisition du modèle de fontaine jaillisante de Barbezat, présenté à l'Exposition Universelle.

jardin_du_mail11La fontaine du jardin

Le jardin temporaire crée autour de la fontaine pour la 6eme exposition de l'industrie connait un tel succès que celui-ci devient définitif. L'élaboration de ce jardin est confiée à André Leroy, horticulteur. Le 15 mai 1859 le nouveau jardin ouvre au public. C'est un succès ! Il devient le lieu de rendez-vous et de promenade privilégié des Angevins .En 1877 on y érige un kiosque à musique, des statues de Mathurin Moreau et

kiosque_angers21le kiosque à musique

du baron de Chemellier y sont installés, ainsi que des lions offert par un généreux horticulteur.

Aujourd'hui, ce jardin reste un lieu privilégié de promenade et un hommage grandeur nature aux fleurs et plantes qui l'ornent.

Posté par Mathieu Doucet à 12:53 - Chroniques historiques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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